17 septembre 2026
Objet : Retour des magasins CNE – Projet « Gestion des déchets »
Chers membres du conseil d'administration,
En notre qualité de sociétaires de la coopérative Biocoop, gérants de magasins CNE impactés par l'évolution de la « Gestion des déchets », nous souhaitons vous faire part des raisons pour lesquelles nous demandons la suspension de la mise en œuvre du projet.
Sur le processus de décision :
- Le processus ayant mené à cette décision semble s'être appuyé sur un parti pris de départ consistant à rechercher une stricte égalité entre les 4 plateformes dans la gestion des déchets via un nivellement par le bas. Cette approche présente la pratique actuelle de CNE comme un « privilège » générateur d'iniquité, désignant ainsi les magasins CNE comme les bénéficiaires d'un avantage indu par rapport aux autres plateformes.
Il aurait été préférable que le besoin de faire évoluer la pratique de gestion des déchets ait pris comme point de départ la nécessité de soulager la plateforme CNE et de parler d'homogénéisation des pratiques entre plateformes (plutôt que d'équité).
- La décision de suppression du service de collecte des « déchets » s'est faite sans que les premiers concernés aient été impliqués dans l'étude : les élus de la commission opérationnelle et les représentants des magasins CNE n'ont pas été associés. Décider pour les magasins CNE, sans eux constitue un déni du principe même de gouvernance coopérative, et prive la décision de toute légitimité. Pire encore cela créé un précédent qui va à l'encontre des valeurs de notre coopérative.
- Cette absence d'association a privé le comité des opérations des éléments de terrain indispensables pour mesurer l'impact réel, financier comme opérationnel, sur les magasins directement visés. Nous constatons par ailleurs que des magasins d'autres régions ont été consultés, ce qui rend d'autant plus incompréhensible et injustifiable l'absence de tout panel représentatif de magasins CNE, alors qu'ils sont les premiers et les plus durement impactés par ce changement d'organisation.
Sur le fond de la décision
Nous regrettons profondément que la réflexion se soit limitée à une analyse financière et logistique plateforme, sans ambition plus large sur les enjeux écologiques, sociaux et organisationnels de ce sujet. Nous ne nions d'ailleurs pas la réalité de la problématique logistique.
Nous considérons que :
- Présenter cette décision comme une décision équitable est faux (*).
- Une instruction de qualité aurait dû avoir comme point de départ de chercher — avec les sociétaires de toutes les régions — les solutions les plus pertinentes, pour les plates-formes et les magasins, des points de vue financier, écologique, et opérationnel. Nous sommes persuadés qu'il existe une voie pour un service commun pour les magasins du réseau qui en ont réellement besoin, alliant écologie, économie et bien-être des équipes. Il faut la rechercher.
- La décision d'imputer du jour au lendemain des milliers d'euros à des magasins est incompréhensible, et peut se révéler particulièrement dangereuse pour les magasins fragiles. Dans quel réseau, groupement ou franchise impose-t-on à ses adhérents un nouveau coût de structure supérieur à 10 000€ sans véritable consultation et en un laps de temps aussi court ? Quelle était l'urgence nécessitant une telle rapidité dans l'exécution ? Nous sommes des magasins indépendants, nous pilotons des comptes d'exploitation et comme n'importe quelle structure économique, nous avons besoin de visibilité.
- L'étude d'impact est insuffisamment étayée : les chiffres présentés ne reposent pas sur des calculs réels d'impact pour CNE, à partir de cas concrets. Pourquoi n'avoir pas su s'appuyer sur des exemples réels de magasins, afin d'aider ces derniers à se projeter dans cette transition.
- Les mesures d'accompagnement sont totalement insuffisantes : Aucune mesure n'est aujourd'hui proposée aux magasins en dehors de la baisse des frais de transport. Ces mesures sont pourtant essentielles pour accompagner sereinement un changement d'une telle ampleur. Des mesures d'aide aux plus fragiles (dont le contour reste flou) ont été annoncées en catastrophe après la première levée de bouclier, ce qui interroge sur le niveau de préparation du sujet et d'empathie vis-à-vis des plus fragiles d'entre nous.
Notre proposition
Nous sommes conscients et sensibles aux difficultés que rencontre la plateforme dans la gestion des déchets.
Cela dit, une évolution des pratiques doit être co-construite avec les magasins concernés, et non imposée de façon unilatérale dans des délais de mise en œuvre ridicules.
Nous demandons donc :
- La suspension immédiate de la mise en œuvre de la décision ;
- Le partage, à tous les sociétaires, des études ayant mené à ces décisions — et à la détermination des coûts tels que présentées (coût du potentiel déploiement du service à l'échelle nationale, coût du service dans la configuration actuelle) ;
- L'ouverture d'une réflexion plus large sur le niveau de service attendu par les magasins et le coût associé ;
- La réouverture de l'instruction du sujet en lien avec le point précédent, avec l'intégration des élus et représentants des magasins CNE et d'autres grands centres urbains qui rencontrent les mêmes problématiques ;
- Une approche plus ambitieuse de la gestion des déchets, étudiée non seulement sous l'angle financier global, mais aussi environnemental, logistique, et prenant en compte les particularités régionales (ex : faisabilité d'utilisation de cagettes pliables à l'échelle du réseau, partenariats à l'échelle régionale, etc.) ;
- Si la problématique de gestion des déchets sur la plateforme CNE est trop importante, trouver des solutions court terme et temporaires et, le cas échéant, débloquer un budget.
Acter un processus qui se traduit par un renoncement à un service commun de qualité et une augmentation déraisonnable des frais pour les magasins constitue un précédent préoccupant, susceptible de fragiliser nos modèles économiques et le fonctionnement démocratique de notre coopérative. Quel sera le prochain sujet et qui sera concerné ?
En tant que gérants de magasins d'un réseau coopératif, nous souhaitons nous inscrire dans une démarche positive de co-construction, qui implique dialogue et concertation, et non l'imposition de décisions.
Nous sommes convaincus que nous pourrons, ensemble, aboutir à une décision juste, équitable, et mieux-disante pour l'ensemble des acteurs du réseau, plateformes, et magasins.
Coopérativement,
(*) L'égalité n'est pas l'équité. Certains magasins ont des besoins spécifiques et la coopérative qui a pour ambition de développer la bio partout et pour tous, doit soutenir l'implantation de ces magasins. Aujourd'hui déjà, la coopérative et donc les sociétaires prennent en charge les coûts de distribution de certains magasins plus difficiles d'accès que d'autres, certains bénéficient d'une livraison bonus en raison de la petite taille de leur réserve. Nous payons à longueur de temps pour les autres, et c'est le principe même de la coopérative : on mutualise des coûts.